Le Deuxième souffle – 1966

Vendredi 14 août

Le deuxième souffle

de Jean-Pierre Melville

Synopsis :

Le Deuxième souffle, c’est d’abord l’histoire d’un truand en cavale, Gu, qui s’évade, tente un dernier gros coup, puis se retrouve pris dans un engrenage où la police, le milieu et son propre code d’honneur le resserrent peu à peu. Dit comme ça, on pourrait croire à un polar de plus. Mais chez Melville, l’intrigue n’est jamais seulement une mécanique criminelle : c’est une tragédie sèche, presque abstraite, sur des hommes déjà condamnés qui continuent d’avancer.
Ce n’est sans doute pas son film le plus connu, non. Dans la mémoire cinéphile plus large, Le Samouraï a pris plus de place, notamment grâce à l’icône Delon, à sa forme plus immédiatement reconnaissable, plus pop, plus facilement résumable en une image. Les textes critiques rappellent d’ailleurs que Le Deuxième souffle consolide la réputation de Melville, mais que Le Samouraï deviendra plus tard un point de fixation central dans sa légende. Le Deuxième souffle est peut-être moins “mythique” au premier regard, mais il est peut-être plus profond.
Melville, justement, c’est une figure à part dans le cinéma français : résistant pendant la guerre, autodidacte farouche, indépendant presque obsessionnel, amoureux du cinéma américain mais incapable de simple imitation. Il a fabriqué un monde à lui, où les gangsters, les policiers et les résistants partagent souvent la même solitude, la même discipline, la même manière de vivre selon un code intérieur plus fort que la loi ou la psychologie. Il n’est ni tout à fait Nouvelle Vague, ni cinéma de papa, ni pur formaliste, ni simple raconteur d’histoires : il est un continent et un maître.
Pourquoi le voir aujourd’hui ? Parce que son cinéma résiste admirablement au vieillissement. À une époque saturée de scénarios explicatifs, de surjeu, de musique insistante et de montage nerveux, Melville rappelle ce que peut être une mise en scène souveraine : regarder longtemps, couper peu, faire confiance au cadre, au temps et aux visages, et à la densité morale d’une scène.
Il parle aussi très bien à notre époque : monde désenchanté, hommes enfermés dans des rôles, institutions ambiguës, fascination pour les codes quand tout se délite.
Le Deuxième souffle n’est peut-être pas le Melville le plus célèbre, mais c’est un des plus grands, peut-être même un des plus complets. Un film où le polar devient une affaire de destin, où l’honneur est une tombe, et où chaque plan respire une dernière fois avant la nuit.

Jonathan Safir

 

Vendredi 14 août

21h : Projection

Le Deuxième souffle
de Jean-Pierre Melville

Fiction/ 1966 / 150 min.

Projection en extérieur
(repli si intempéries)

Entrée : 12 €
Entrée adhérent : 10 €

Réservation :
06.09.12.13.74
chateauderatilly@orange.fr