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22 juin au 3 novembre 2019


Geoffroy de Montpellier, sculptures
Jean-Pierre Schneider, peintures

Vernissage et fête du solstice le samedi 22 juin 2019
À partir de 18h30 : Vernissage de l’exposition en présence des artistes
à 20h30 : David Chevallier Trio
Buffet campagnard à l’issue du concert


Geoffroy de Montpellier : Sans titre, marbre de Carrare, 55x55x33cm, 1999.

Geoffroy de Montpellier

Depuis que j’avais rencontré, il y a dix ans, la haute densité des masses de pierre, de bronze ou de bois que propose Geoffroy de Montpellier, celles-ci ne m’étaient plus sorties de la mémoire. Alors que, polies ou granuleuses, elles étaient sans prise. Comme l’était quasiment cette paroi abrupte de granit que j’ai vu escalader à mains nues par un jeune grimpeur aux Etats-Unis, dans un film. Pourtant ces blocs ici-bas chus d’un astre qui nous demeure obscur sont hors de proportion avec la falaise du Yosemite. Ils ne nous en imposent pas moins une distance, tout en nous pénétrant d’un calme prenant.
Issu par trouvaille ou par travail d’un regard humain, ce qui est ici présent témoigne avant tout d’une vive attention à l’insaisissable. - J. P.

Voici ce que disait de son parcours, en 2008, Geoffroy de Montpellier :

N’échappant pas à mon humanité, les premières années de mon travail furent marquées par un besoin impératif de sens qui se traduisit par des sculptures d’ordre symbolique et anthropomorphique, illustrant cette quête et la découverte progressive du sens spirituel de l’homme.

Au fil de la réponse peu à peu captée, la question fit place au chant et aujourd’hui je travaille la sculpture jusqu’à ce qu’elle contente en profondeur ce désir qui m’anime d’un rayonnement silencieux d’harmonie, de pureté, de Présence, tel qu’on peut le ressentir devant la nature ou dans le recueillement.

Cela donne des formes aussi simples, en soi aussi abstraites que figuratives, que le sont une pierre, un rocher, un bloc, une bûche ou un parallélépipède. Pour traduire ce sentiment de sacré, cette vibration d’éternité ressentis devant la Création, j’utilise la forme et la matière telles que données par la nature, les travaillant pour en faire ressortir toute la beauté et l’être, en même temps qu’effaçant toute trace de travail par des techniques comme le sablage ou le feu, qui rendent à la matière sa texture originelle.

Dans une fragilité exposée, je tente en effet de ne pas « faire » des sculptures, des objets d’art fabriqués, catalogués comme tels, mais de laisser passer à travers moi cette beauté existante, animée, de la Création.

Depuis peu, je vois à nouveau mon travail évoluer. Après ce temps où j’humanisais – digérais – la Création, la laissant le plus possible s’exprimer à travers moi, en une sorte de culte où les formes les plus naturelles sont comme autant de louanges en écho à la nature, et les plus compactes, dépouillées, géométriques comme autant d’hommages à la Présence émanant de ce qui est, après ce temps où je demeurais en un retrait émerveillé derrière la Création, je commence de plus en plus à former « moi-même » les sculptures, sans crainte d’intervenir dans les aspects naturels de la matière abordée, pour moduler mon propre chant, exprimer mon propre émoi.

Au fond, c’est maintenant la sculpture qui fait de moi un sculpteur, la Création qui à son tour m’humanise et vient libérer mon propre chant, l’âme enfin rassurée.

Geoffroy de Montpellier, novembre 2008.




Jean-Pierre Schneider : Série des Jattes, 195 x 130 cm, 2015.

Jean-Pierre Schneider

Dans un texte de belle tenue dont il accompagnait en 2003 plusieurs expositions concomitantes de Jean-Pierre Schneider, l’écrivain Bernard Chambaz voyait à l’oeuvre avec les fragments de corps ou d’objets présents dans les travaux du peintre « la grande métamorphose des signes à quoi la peinture préside ». Et en effet, si le sujet réapparaît, ce n’est qu’après une immersion dans une matière peinture d’un nappé souvent mat et onctueux - nouvelle naissance en quelque sorte. Mais ce qui est traversé, c’est aussi une mémoire de peinture : le souvenir de peintres aimés (Manet tout particulièrement et fort justement) remonte sous la forme des contours évidés d’un visage, d’une jatte, d’un bouquet, qui viennent recueillir une lumière, un vide fondamental. - J. P.

Le peintre notait, le 28 septembre 2014 :

Une de mes préoccupations premières est de ne pas poser le sujet sur un fond, éviter à tout prix cette hiérarchie entre le motif et ce que l’on appelait le fond du tableau ( je lui préfère le mot espace ou surface ), même s’il semble toujours qu’il y ait des points forts, stratégiques, essentiels dans un tableau. La peinture est surface, est toute la surface. Un sujet n’existe pas sans l’espace dans lequel il évolue. Il en est ainsi dans le réel qui nous entoure.

Cela m’a conduit à positionner le motif sur la toile, puis, à la fresque, le recouvrir de la surface vouée à l’ensemble de la toile. Le faire ensuite revenir à la face, à égalité physique de la peau du tableau. Fouiller, racler, graver, inciser, retrousser, lisser, autant d’actes de la main pour défricher.

Deux reines de Judée du portail sud de la cathédrale de Chartres m’ont donné, il y a quelques années, un grand moment d’émotion de par leur dignité, leur élégance, leur féminité, leur verticalité de sculptures colonnes, déesses de pierre dressées sous la voûte, gardiennes hiératiques d’un temps, du temps.

Les peindre aujourd’hui : les enfouir dans cette matière marmoréenne, les faire ressurgir, remonter à la surface du tableau, avec le tombé linéaire et plissé de leurs étoffes, leurs poitrines rondes sous leurs bliauds, leurs gestes concentrés d’une rare distinction, d’un bras plié cherchant l’appui et la hauteur à la fois. Les peindre à la surface lisse, tendue, murale, celle de la peau qui palpite dans l’épaisseur de la matière et les couleurs d’ocre jaune, ocre rouge ou grise et du blanc de zinc, apposées à un espace qui voudrait le silence.

Dans le même temps mon admiration pour Edouard Manet et un ami très cher m’ont fait porter le regard sur La Maîtresse de Baudelaire, somptueux tableau. Là, plus question de verticale et de hauteur, mais d’ampleur, de rondeur, de bouffant, de largesse. Je cherche à les peindre comme d’un seul geste, rond, entier, une demi-sphère, demi-lune, hémisphère nord, feu d’artifice aux retombées de dentelles, la flèche (noir Manet) de l’éventail plantée dans la blancheur de la soie, le vent sous l’aveuglement blanc, vol de l’oiseau rond, celui peut-être de la danseuse en tutu.
De l’une à l’autre, du hiératique au déploiement, tenter d’abriter du vivant et de tenir un pan de notre mémoire séculaire.

Jean-Pierre Schneider, le 28 septembre 2014



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