ACCUEIL
HISTOIRE
EXPOSITIONS
SPECTACLES
STAGES
POTERIE
VISITE
AMIS DE RATILLY
CHÂTEAU DE RATILLY
Expositions Historique des expositions
Exposition

19 mai au 31 octobre 2021
 

Anne Delfieu, plasticienne
Hervé Rousseau, céramiste


Inauguration de l'exposition lors de la Fête du Solstice,
le samedi 19 juin 2021 à 17h en présence des artistes. En savoir +


Salle des « Terres », château de Ratilly, mai 2021 © Illés Sarkantyu


Lire aussi

Téléchargement

Anne Delfieu invente des constructions simples à partir d’éléments naturels comme le bois et les écorces, le carton, généralement peints en grisaille ou accentués par le noir ou le rouge. Autant de bas-reliefs et de muraux abstraits chargés d’émotions, de réseaux entrelacés, de géométries oniriques et miraculeuses, de damiers ajourés autour du vide et du silence, de l’air et du vent.
Elle travaille à Paris et dans la Creuse.

Hervé Rousseau vit et travaille à côté du village de la Borne, près de Bourges.
Céramiste pleinement potier et sculpteur, il livre avec l’argile un combat singulier, un corps à corps et une gestuelle à la hussarde d’où naissent des formes quasiment archaïques et puissantes. Des humbles objets du quotidiens, des bols et des pichets, accompagnent des pièces plus monumentales et architecturées, blasons de terre mouvementée aux reliefs de labours, rochers habités ou torses de grès brut ou émaillés par le jeu du feu.

Cette exposition confronte deux œuvres authentiques et remarquables : à la fragilité sensible d’Anne Delfieu qui s’élève et nous fait signe délicatement dans l’air, le corps à terre solide et majestueux, la puissance intérieure d’Hervé Rousseau traduite dans l’argile brûlée.


Anne Delfieu


Anne Delfieu  © I. S.

Anne Delfieu : MCMAN 4 140 × 97 cm 2011 © Louve Delfieu

Chez Anne Delfieu, on pourrait même parler d’un art du végétal : ce dernier est en effet le matériau essentiel ; le carton, auquel Anne a aussi recours, non seulement provient du bois vivant mais est de plus ramené à un état fibreux. Il faut ici rappeler qu’en 1967 et 1968 Anne Delfieu, à vingt ans, suit les enseignements de l’Ecole nationale des arts décoratifs d’Aubusson. Elle y apprendra notamment la basse lisse. C’est un peu plus tard qu’elle découvre le travail du bois et du carton, dont elle fera ensuite un constant usage. Elle en privilégiera toujours les aspects linéaires. Avec par exemple des brindillles de hêtre ou de charme, des gerbes ou écheveaux, des radicelles, aboutissant parfois, par nouage ou tressage, en jouant sur le lié et le délié, à des réseaux, des résilles, des filigranes ou des tamis. A de certains moments, le végétal se fait l’écho de l’organique, et de bien plus encore, comme avec ces oeuvres splendides qu’elle a intitulées « Mon coeur mis à nu » ou, selon un acronyme pudique, joueur et énigmatique, « MCMAN ». La couleur rouge évoquant le sang n’apparaît semble-t-il que lorsque la forme du coeur fait retour plus tard, recevant le nom de « Réseau coeur rouge ». Les règnes du vivant se répondent à travers des correspondances, et leur parenté est rendue par là même manifeste - c’est une réinsertion dans une longue suite. Par une mise à nu qui reprend celle par laquelle de menus branchages étaient dépouillés de leur écorce, arrachée pour révéler une autre peau, une couleur plus intime.

[…]

Il nous semble que se manifeste là de plus une autre continuité, celle d’un lignage. Anne Delfieu est la fille du grand peintre et sculpteur Raoul Ubac, qui réalisa notamment de magnifiques ardoises gravées (avec un clou parfois, Anne se souvient toujours de la manière dont elle assista, enfant, à leur exécution), des peintures dont la pâte était creusée de sillons et portée jusqu’à la dureté de la pierre, métamorphique, aussi des estampes tirées à même la pierre gravée (Anne raconte sa participation à ces actes alchimiques : « il faut savoir sentir sous ses mains le juste mariage du papier et de l’encre, le long des sillons tracés dans la pierre »). Les sillons étaient eux aussi dessins et écritures, à la semblance des tatouages des Maoris qui fascinaient Raoul Ubac.

Il est bel et bon que les travaux d’Anne Delfieu retrouvent à Ratilly une peinture et une sculpture de son père, puisqu’il eut en ces lieux une exposition, en 1971. Raoul Ubac fut l’homme des métamorphoses, nous avions tenté de le dire à l’occasion d’une présentation de ses estampes chez Mirabilia, en Ardèche, qui nous donna l’occasion de rencontrer Anne. Nous avions alors voulu souligner « la puissance de présence de ces estampes, l’exceptionnelle qualité de leurs textures, que celles-ci soient résilles d’une peau ou hachures d’herbe noire ». Il n’y a guère à ajouter ou retrancher non seulement pour établir la présence d’un lien, à travers une nouvelle métamorphose où les pierres écrites font résurgence par l’entremise de constructions végétales, mais aussi et peut-être surtout pour retrouver une très ancienne manière de dire ce que nous sommes, notre consanguinité en quelque sorte avec les autres règnes, ce que nous appelions « une source souterraine d’unification ».

Extraits du texte original de Jean Planche : Textures et réseaux, in Catalogue de l’exposition de Ratilly, mai 2021




Salle des « Hirondelles », château de Ratilly, avril 2021 © I. S.


Hervé Rousseau


Hervé Rousseau : Rocher blanc ht 75 cm × l 45 cm 2020 © I. S.

Hervé Rousseau  © I. S.

La présentation de la salle des Gardes nous invite dans l’intimité du château. La chaleur intérieure du lieu et sa vitalité, se traduisent d’emblée par ce dialogue vibrant entre un « Grand cippe » et cette magistrale « Peau d’ours » d’Anne Delfieu. Tous deux captent remarquablement la lumière et font écho, ici aux couleurs chaudes des tommettes du sol et là au mur passé au blanc de chaux. Des murs immaculés pour révéler la délicate fragilité des courbes, qu’elles soient celles d’un « Bois dormant » ou d’un « Cœur mis à nu ». Les contrastes sont saisissants et nous invitent à la contemplation et au rêve sur des lignes ou des formes, certes immobiles, mais tellement vivantes.
En offrande, un « Grand lac » est posé sur une table de Georges Jouve, renforçant ainsi le rapport passé/présent, clin d’œil du Maître-potier à la nouvelle modernité d’Hervé Rousseau. Pendant ce temps-là, à travers les meurtrières, « Pions » et « Torses » font vigie dans la tour ronde, tandis que pichets et bols attendent de futures tablées.

Dans la salle du rosier, un grand rocher habité prend la lumière et semble garder religieusement les « Pierres » d’Anne Delfieu et sa « Jungle verte », toute en grâce et fragilité. Leur faisant face, deux « Grands rochers » et deux « Rug  » rouge et orange jouent en symétrie heureuse.

En suivant, la salle ouverte dite des « hirondelles », réserve une surprise de taille. La table magistrale aux « Pieds d’éléphant » trône à proximité de la cheminée moyenâgeuse. Animée ici d’une énergie rare, elle apparaît portée par quelques forces telluriques qui l’auraient fait surgir de terre. Elle prend, dans cet espace ouvert, toute sa dimension architectonique assumée de son auteur et répond parfaitement à cette idée du philosophe Gilles Tiberghien à propos de la cabane : elle est toute en « extériorité ». Sa rusticité – de terre et de bois – invite à de grandes agapes dignes des récits rabelaisiens ou à ces banquets gaulois qui livraient aux palais de nos ancêtres moult cochons grillés et soupes de châtaignes. Un « Grand lac ansé » s’imagine aisément passant d’un convive à l’autre.
Le rapport au lieu est puissant et tout en contraste avec la légèreté et la pureté évoquée d’un « Cœur mis à nu » d’Anne Delfieu.

[…]

Enfin, la salle des « Terres » nous invite comme à un retour au calme. Une « Écorce » murale, magistrale et délicate, fait pendant aux forces de la terre d’Hervé Rousseau présentées sur une longue table italienne. « Nichoir », vases et « Grand lac » sont animés d’une vie intérieure et vibrent des traces de la main du potier. Un veilleur de salle, sous forme d’un « Grand rocher habité » fait face à la lumière de la cour. Un silence monacal habite cette salle aux murs chaulés de blanc. Les deux « Spirales » d’Anne Delfieu se détachent et, en guetteurs immobiles, veillent sur l’installation tandis que retentissent les cris des corneilles noires…

Extraits du texte original de Philippe Chambost, in Catalogue de l’exposition de Ratilly, mai 2021


Salle du rosier, château de Ratilly, avril 2021 © I. S.

Hervé Rousseau  © I. S.

Salle des Gardes, château de Ratilly, avril 2021 © I. S.

Cour intérieure, château de Ratilly, mai 2021 © I. S.

haut de page


Château de Ratilly – 89520 Treigny Yonne – 06 09 12 13 74 – chateauderatilly@orange.fr